« Famine rouge. La guerre de Staline en Ukraine » (Red Famine. Stalin’s War on Ukraine), d’Anne Applebaum

L’historienne Anne Appelbaum revient sur une famine de mieux en mieux connue, mais qui reste difficile à définir sur le plan juridique. Holodomor, l’extermination par la faim est cette famine rouge résultant d’une politique délibérée par laquelle Staline a décimé l’Ukraine entre 1931 et 1934.

Anne Appelbaum livre une brillante synthèse permise par la publication d’une partie des archives ex-soviétiques. L’ouvrage n’est pas le premier sur le sujet mais il constitue une synthèse utile.

Crédit photo  : Paysans ukrainiens fuyant la famine, vers 1932-1933. akg-images/Pictures From History
Crédit photo : Paysans ukrainiens fuyant la famine, vers 1932-1933. akg-images/Pictures From History

Quand, en 1937, l’Union soviétique entreprend un recensement de sa population, la presse officielle n’attend pas ses conclusions pour célébrer un formidable essor démographique. Mais, alors que les statisticiens tablaient sur 170 millions, le chiffre se révèle catastrophique : 162 millions. On constitue une nouvelle équipe, dont les résultats, l’année suivante, ont le bon goût de se confondre avec l’objectif. Commentaire de Staline : « Sous lesoleil de la Grande Révolution socialiste se produit une augmen­tation de la population (…) encore jamais vue. »

C’est, bien sûr, le contraire qui est vrai : des millions de personnes font défaut. Mais que s’est-il passé ? Une part décisive de la ­réponse, démontre Anne Applebaum dans Famine rouge, est à chercher en Ukraine où, entre 1932 et 1934, la faim a ravagé les campagnes, comme elle l’a fait, de manière moins intense, à travers d’autres régions d’URSS. Des études démographiques qui font désormais autorité établissent à 3,9 millions, durant la période, les morts « en excédent » en Ukraine, auxquels s’ajoute presque 1 million d’autres à travers le reste de l’Union soviétique.

-Compte-rendus :

L’ouvrage : « Famine rouge. La guerre de Staline en Ukraine » (Red Famine. Stalin’s War on Ukraine), d’Anne Applebaum, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, Grasset, 532 p., 26 €.

Mickaël Bertrand : Porter l’histoire sur Instagram

 » Depuis quelques années, les ventes des manuels scolaires s’effondrent en France comme à l’étranger…. A l’inverse, la production de stories sur Instagram a été multipliée par 5 en seulement 2 ans et demi. Le nombre de stories publiées au mois de janvier 2019 a dépassé les 500 millions et l’application a désormais détrôné Snapchat auprès des adolescents ». Fort de cette réalité, Mickaël Bertrand, professeur d’histoire géographie  au lycée de Semur en Auxois (Côte d’Or) réalise des stories interactives d’histoire géographie sur Instagram. Son projet sera présenté au 11ème Forum des enseignants innovants à Paris le 23 novembre.

Mickaël Bertrand aurait pu s’en tenir à son site, Historicophiles, d’une extraordinaire richesse. Développé au fil des années et totalement intégré à ses cours, Historicophiles propose des cours complets, des activités préparatoires aux chapitres du programme, et des modules de révision. Cerise Historicophiles propose aussi des analyses sur l’actualité. « Comme professeur d’histoire-géo, je suis persuadé que cela permet de monter que ces disciplines permettent de mieux comprendre le monde. Souvent les élèves ont des questions mais en classe on n’a pas forcément le temps d’y répondre si c’est hors programme ».

A ce site Historicophiles, Mickaël Bertrand ajoute maintenant un compte Twitter et des comptes sur Instagram et Snapchat. Ces deux applications appartiennent au continent numérique des adolescents et sont très peu explorés par les adultes.

-A lire : FEI11 : Mickaël Bertrand : Porter l’histoire sur Instagram

Photo : Café pédagogique

Bruno Devauchelle : Soft Skills, une chanson douce (et numérique)…

Une excellente chronique du non moins excellent Bruno Devauchelle que je vous invite à glisser sous le sapin (la chronique donc!) et dans les lectures pour bien démarrer 2020. Son introduction : 

Une des questions principales posées à tout système éducatif c’est son adéquation avec « la vraie vie ». Ainsi l’avenir des jeunes est-il à la base des questions que se pose tout responsable éducatif qui va se demander ce qu’il est, mais surtout comment faire en sorte de permettre aux jeunes d’y parvenir dans les meilleures conditions. Après une liste de savoirs, sont arrivés les référentiels de compétences qui désormais prennent le pas pour définir ce à quoi il convient de préparer les jeunes. La crainte du futur est parfois davantage présente chez les parents que chez les jeunes eux-mêmes. C’est pourquoi nombre d’adultes, poussés par les milieux professionnels, en particulier ceux des ressources humaines (développer l’employabilité), tentent de définir les compétences qui seront nécessaires dans les années qui viennent. Les grandes organisations internationales n’échappent pas à cette vague de publications sur le sujet. Aussi le monde de l’école, les enseignants, s’interrogent-ils sur leur place et leur rôle dans ce devenir.

— Lire sa chronique du Café pédagogique :  Bruno Devauchelle : Soft Skills, une chanson douce (et numérique)…

Crédit image en-tête : Pixabay License.Free for commercial use. No attribution required

Aux Game Awards, victoire surprise de “Sekiro” avec son Japon féodal de fantasy

La cérémonie des Games Awards, avec ses prix décernés par un jury de médias et de critiques spécialisés, avait lieu le 12 décembre à Los Angeles.

”C’est un lauréat inattendu qui a arraché la victoire à la dernière minute, façon ninja”, s’amuse Kotaku. Sekiro : Shadows Die Twice, des studios japonais FromSoftware, a remporté le titre de “jeu de l’année” (ainsi que celui de “meilleur jeux d’action/aventure”).

Sekiro avait séduit les critiques depuis sa sortie en mars dernier, avec son Japon féodal de fantasy et ses mécanismes de combats fins et ardus. Mais la concurrence était rude, puisque le favori de cette édition était la création d’Hideo Kojima qui a tant fait parler d’elle : Death Stranding.

Source : Aux Game Awards, victoire surprise de “Sekiro” et succès pour “Disco Elysium”

Il y a 6  000 ans, une mouche du vinaigre rendait possible le fromage d’aujourd’hui

Évolution.Il y a 6  000 ans, une mouche du vinaigre rendait possible le fromage d’aujourd’hui.

Une étude montre que la rencontre fortuite, il y a 6 000 ans, entre une drosophile et un seau de lait a permis le développement des ferments lactiques utilisés dans la fabrication des fromages et des yaourts.
— À lire sur www.courrierinternational.com/article/evolution-il-y-6-000-ans-une-mouche-du-vinaigre-rendait-possible-le-fromage-daujourdhui

Le Congrès américain reconnaît le génocide arménien et fâche la Turquie

Le Sénat américain a adopté jeudi à l’unanimité une résolution reconnaissant le génocide arménien. Un vote qui intervient après que la Chambre des représentants l’a formellement reconnu à une écrasante majorité, ce qui avait provoqué la colère d’Ankara.

Appelant à « commémorer le génocide arménien » et à « rejeter les tentatives (…) d’associer le gouvernement américain à la négation du génocide arménien », ce texte non contraignant avait été auparavant bloquée à plusieurs reprises au Sénat par des alliés républicains du président Donald Trump.

Reconnu par une trentaine de pays

Le génocide arménien est reconnu par une trentaine de pays et la communauté des historiens. En Suisse, le Conseil national l’a reconnu en 2003, tout comme le Conseil d’Etat de Genève et les Grands Conseils vaudois et genevois.

-Source : Le Congrès américain reconnaît le génocide arménien et fâche la Turquie

Crédit photo : Mémorial du Génocide arménien (1967). Yerevan, Arménie. Photo d’Amir Kh sur Unsplash

Actualité de Jean-Pierre Astolfi – Les Cahiers pédagogiques

Jean-Pierre Astolfi a été l’une des personnalités marquantes de la rédaction des Cahiers pédagogiques. Proposer ce hors-série numérique dix ans après sa mort, c’est lui rendre hommage, mais c’est surtout offrir aux lecteurs l’occasion de découvrir ou redécouvrir une œuvre qui n’a ni la place ni la reconnaissance qu’elle mérite auprès d’un large public.
Sur des notions-clés comme la problématisation, le rôle de l’expérimentation, l’évaluation, les obstacles à l’apprentissage, ce dossier propose une vingtaine de textes de J-P. Astolfi qui n’ont rien perdu de leur saveur ni de leur pertinence, et sont écrits dans ce style clair et précis qui était le sien.
Des témoignages et analyses de chercheurs qui l’ont connu complètent cette présentation d’une figure majeure des sciences de l’éducation dont les apports décisifs peuvent aujourd’hui encore éclairer et inspirer les pratiques.

SOMMAIRE DE CE HORS-SÉRIE

Pourquoi ce hors-série ? Jean-Michel Zakhartchouk

1. ASTOLFI : UNE PENSÉE, UN STYLE

Un auteur très actuel Laurent Lescouarch
Jean-Pierre Astolfi, un didacticien pédagogue ? Jean Houssaye
Astolfi et Bachelard Michel Fabre
De l’idée d’erreur à la notion d’obstacle Michel Develay
On n’est pas obligé d’être illisible Jean-Michel Zakhartchouk

2. -LES SAVOIRS ET LES DISCIPLINES : QUELS ENJEUX ? – TEXTES DE JEAN-PIERRE ASTOLFI

La saveur des savoirs Entretien avec Jean-Pierre Astolfi
Si au moins je savais ce que tu veux me faire dire !
J’apprends, moi non plus
Ambigüités autour des savoirs
Écrire, c’est former et transformer sa pensée

3. -LES CONDITIONS DE L’APPRENDRE ET DE L’ENSEIGNEMENT – TEXTES DE JEAN-PIERRE ASTOLFI

L’important, c’est l’obstacle
Qu’est-ce qu’apprendre ?
Résoudre des problèmes ou apprendre à les poser ?
Le complexe de l’évaluation
L’œil, la main, la tête : expérimentation et apprentissages

4. DIFFÉRENCIER – TEXTES DE JEAN-PIERRE ASTOLFI

Questions de vocabulaire
Comment différencier sans réviser les contenus à la baisse ?
Les groupes d’apprentissage. Logiques et dérives
Différencier par les «  modes de pensée  »

5. INNOVATIONS ET RECHERCHES – TEXTES DE JEAN-PIERRE ASTOLFI

Innovation : de l’oxygène
Relancer les innovations pédagogiques
Recherche-action : l’inévitable logique floue
Interaction n’est pas confusion

6. -UNE INSPIRATION POUR LES PRATIQUES D’AUJOURD’HUI

Apprendre avec et grâce aux autres Sylvain Connac
Les savoirs de la compétence Jacky Wattebled
De la médiation à l’ajustement Éric Saillot
Saveur et valeurs Philippe Meirieu

Source et commande : Actualité de Jean-Pierre Astolfi – Les Cahiers pédagogiques

Le Brexit est le produit de la désindustrialisation | Le Devoir

Pour l’historien David Edgerton du King’s College de Londres, auteur de The Rise and Fall of the British Nation (Penguin), les racines du Brexit se trouvent moins dans les frictions historiques entre Londres et Bruxelles que dans les choix économiques faits par le Royaume-Uni depuis 40 ans. Le sentiment de dépossession ressenti par toute une partie de la population britannique, dit-il, n’a rien à voir avec la nostalgie de l’Empire, comme l’affirme une partie de la gauche, mais tout à voir avec la véritable disparition du capitalisme national, qui avait fait la prospérité de l’après-guerre.

« Depuis 40 ans, le Royaume-Uni s’est désindustrialisé à un niveau difficilement imaginable, dit-il. Dans les années 1960, il était aussi industrialisé que la France et l’Allemagne. Il y avait un capitalisme national britannique qui comprenait des industries automobiles, chimiques, pharmaceutiques et aéronautiques. Aujourd’hui, pratiquement tout est disparu. »

Pour David Edgerton, cette transformation radicale n’était pas inévitable. Ce fut d’abord un choix idéologique : celui de Margaret Thatcher.

Comme l’a fait avant lui le sociologue français Christophe Guilluy, David Edgerton compare Londres aux cités-États du Moyen Âge:

« Ce n’est plus la capitale d’une nation, mais une île, une cité-État mondialisée. Les Londoniens ont voté pour le Remain parce qu’ils sont engagés dans l’économie mondialisée européenne. Les Londoniens savent qu’ils se font soigner par des infirmières nigériennes et des médecins espagnols. »

Malheureusement, dit l’historien, ni les travaillistes ni les conservateurs ne veulent parler de ce qu’il faut bien appeler la disparition du capitalisme national en Grande-Bretagne.

-A lire : Le Brexit est le produit de la désindustrialisation | Le Devoir

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Comprendre les troubles de l’information

Claire Wardle, chercheuse et directrice de First Draft, propose une classification minutieuse de ce qu’elle appelle le « trouble de l’information ». Cette expression désigne toute sorte de contenu mensonger qui pullule sur la toile: un écosystème complexe que le terme « fake news » n’arriverait plus à capturer.

Pour Claire Wardle, le premier pas pour combattre la pollution de l’information est d’en comprendre la grande complexité. Tel est l’objectif de son guide « Understanding information disorder ».

Ne les appelez pas « fake news »

Sur toutes les lèvres depuis son apparition médiatique en 2016, le terme « fake news » « n’arrive plus à capturer notre nouvelle réalité », explique Wardle. Les contenus mensongers qui circulent sur internet sont trop différents pour être réunis sous ce terme générique.

L’âge du « trouble de l’information »

Claire Wardle propose d’utiliser le terme information disorder, ou « trouble de l’information ». Cette expression permet de désigner toute sorte de contenu mensonger qui pullule sur la toile : propagande, mensonges, conspirations, rumeurs, canulars, contenus hyperpartisan, mèmes, vidéos et médias manipulés.

Mésinformation, désinformation et malinformation. Source: First Draft (https://firstdraftnews.org/latest/information-disorder-the-techniques-we-saw-in-2016-have-evolved/)
Mésinformation, désinformation et malinformation. Source: First Draft (https://firstdraftnews.org/latest/information-disorder-the-techniques-we-saw-in-2016-have-evolved/)

Claire Wardle décline ces troubles de l’information en en trois catégories, classifiées en fonction de leur degré de fausseté et de volonté de nuire :

  • la « mésinformation » (misinformation),
  • la « désinformation » (disinformation)
  • et la « malinformation » (malinformation).

Désinformation et mésinformation peuvent être divisées en sept différentes sous-catégories :

Source : First Draft (https://firstdraftnews.org/latest/information-disorder-the-techniques-we-saw-in-2016-have-evolved/)
Source : First Draft (https://firstdraftnews.org/latest/information-disorder-the-techniques-we-saw-in-2016-have-evolved/)

Pour aller plus loin et source de cet article : Cinquante nuances de désinformation

« Mussolini a aussi fait de bonnes choses », le livre qui casse la légende du bon dictateur

Depuis le printemps, un petit livre caracole dans le peloton de tête des classements de ventes des essais dans la péninsule italienne. Son titre est sciemment provocateur : Mussolini ha fatto anche cose buone (« Mussolini a aussi fait de bonnes choses », Bollati Boringhieri, 12 euros, non traduit). Antienne de longue date martelée par la droite transalpine, cette phrase est devenue un lieu commun pour une bonne partie de l’opinion.

Son auteur, le jeune historien et archiviste Francesco Filippi, veut avant tout « dissiper les inepties qui continuent à circuler sur le fascisme », comme le rappelle le sous-titre de l’ouvrage. Il y réussit en 160 pages denses et percutantes sur le modèle du « fact-checking » des médias. « Le livre répond point par point, et de façon très pédagogique, aux idées reçues qui alimentent aujourd’hui, en Italie, la réhabilitation de la mémoire du fascisme », se félicite l’historienne Marie-Anne Matard-Bonucci, auteure de Totalitarisme fasciste (CNRS éditions, 2018).

-À lire : « Mussolini a aussi fait de bonnes choses », le livre qui casse la légende du bon dictateur | Le Monde