Compte-rendu – Nathan Wachtel : La vision des vaincus

Couverture de l'édition de 1992

Compte-rendu par Clara Chevalier dans Devenir historien- ne de Nathan Wachtel, La vision des vaincus. Les Indiens du Pérou devant la Conquête espagnole, 1530-1570, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 1992 (1e éd. coll. « Bibliothèque des Histoires », 1971), 395 p.

Pour rappel, cet ouvrage se propose d’envisager la conquête espagnole de l’Amérique du Sud, au XVIe siècle, du point de vue des « vaincus », c’est-à-dire des Indiens. Il a été réédité en mars 1992 dans la collection « Folio Histoire ». Il est paru pour la première fois en 1971 . Dans la préface de 1992, Nathan Wachtel revient sur son travail et dresse un bref bilan des recherches historiques menées depuis lors sur les sociétés préhispaniques d’Amérique du Sud.

Au terme de son compte-rendu, Clara Chevalier conclut

Le projet de cet ouvrage, qui consiste à décentrer un point de vue, à changer de perspective, a fait date. Il s’adresse très manifestement à un lectorat occidental. Nul doute qu’un-e chercheur-e péruvien-ne, porteur-se d’un point de vue différent, aurait produit un tout autre travail. Il s’agit ici pour l’auteur de rendre intelligible la « vision des vaincus » aux Européens en l’expliquant à l’aide de concepts qui leur sont familiers. À la lecture, on ne peut s’empêcher d’établir des rapprochements avec l’histoire européenne : par exemple, le statut des yana fait penser à celui des serfs, et l’efficacité de la conquête espagnole semble reposer sur des causes similaires à celles qui expliquent le succès de César en Gaule. Les différents modes de possession foncière sont mis en relation par N. Wachtel avec ceux du système féodal. La question de la possibilité d’opérer un déplacement du point de vue demeure ouverte, et les réflexions qui découlent de la démarche proposée par cet ouvrage continuent d’alimenter les débats qui traversent les études postcoloniales.

Un ouvrage qui près de quarante ans après sa parution garde  tout son intérêt et mérite donc d’être lu. A ce titre, l’édition en poche le rend d’autant plus accessible.

Le compte-rendu complet : Histoire, anthropologie et ethnohistoire | Devenir historien-ne.

Des difficultés d'enseigner le conflit israélo-arabe en France

Dans Rue89, l’historien Sébastien Ledoux et le sociologue Samuel Ghiles Meilhac décryptent la censure effectuée par les éditions Hachette, sous la pression d’organisations juives, se rapportant à une légende photographique dans son chapitre consacré à « L’ONU et la question palestinienne, 1947-1948 ».

Il donc aura suffi d’un mot, d’une phrase pour qu’une question d’histoire se retrouve censurée dans un manuel scolaire : « La Nakba. Les conquêtes de l’armée israélienne ont entraîné l’exode de près de 700 000 Palestiniens » (p. 139).

La page modifiée du manuel Hachette

Dans la partie vocabulaire de ce chapitre, le terme Nakba était défini ainsi :

« Nakba : (“catastrophe” en arabe) expulsion de populations palestiniennes pendant la guerre israélo-arabe de 1948. »

Pourtant le document et le texte incriminés correspondent tout à fait aux avancées de l’historiographie israélienne elle-même. En effet, les positions des « nouveaux historiens » israéliens qui avaient, voici une vingtaine d’années, mis en cause le discours officiel autour de la création d’Israël, en mettant entre autres en avant les conséquences de la guerre de 1948 sur les populations civiles palestiniennes, sont maintenant intégrées dans les milieux académiques israéliens.

Pour Sébastien Ledoux et Samuel Ghiles Meilhac

Il serait assez paradoxal que nous puissions en France rester dans un récit scolaire qui refuserait de transposer des savoirs universitaires stabilisés au nom d’une lutte contre l’« idéologisation » et le « révisionnisme ».

de plus

Intervenir pour obtenir le retrait du mot Nakba revient à laisser Israël en dehors de l’écriture de l’histoire.

En intervenant de la sorte, dans le droit fil de cette volonté israélienne, les institutions juives posent Israël en éternelle victime, un Etat qui ne saurait commettre des fautes ou des crimes.

Les auteurs :  Sébastien Ledoux, historien travaillant sur le devoir de mémoire, coauteur d’un rapport de l’INRP sur « L’Enseignement de l’esclavage en France » (2011), et Samuel Ghiles Meilhac, sociologue, auteur de « Le Crif, de la résistance juive à la tentation du lobby » (2011).

L’article : Des difficultés d’enseigner le conflit israélo-arabe en France | Rue89

Les sites palafittiques suisses inscrits au patrimoine de l'Unesco | tsrinfo.ch

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Le site des trois lacs (ici Sutz-Lattrigen, lac de Bienne) fait partie de la liste déposée à l’UNESCO. [Keystone]

La Suisse doit à ses sites palafittiques, présents sur son territoire depuis des millénaires, son onzième lieu inscrit au patrimoine mondial de lUNESCO. Sitôt la décision rendue, lOffice fédéral de la culture OFC a annoncé le lancement dune application iPhone pour donner une meilleure visibilité à ces vestiges.
Le Comité du patrimoine mondial a accepté lundi la candidature qui englobe 111 lieux palafittiques ou « lacustres » répartis entre six pays de larc alpin: Suisse 56 sites dans quinze cantons, Allemagne 25, France 15, Italie 25, Slovénie 1 et Autriche 8. Quinze cantons sont représentés.

La suite de l’information : Les sites palafittiques suisses inscrits au patrimoine – tsr.ch – info – culture.

André Gunthert : “Internet est une révolution de la consultation plus que de la production” | InternetActu.net

Ce très intéressant interview d’André Gunthert pour InternetActu sur la culture numérique, l’histoire et les jeunes a de quoi nous stimuler juste avant les grandes vacances. Il ne manque pas de nous interroger sur le rôle et la place que l’enseignement de l’histoire pourrait jouer dans la formation des jeunes ainsi que sur les remises en question qui pourrait le toucher.

L’idée de collection à l’ère numérique:

Bien sûr, pour les lettrés, comme les blogueurs, le reflexe de la conservation et de la collection est dans nos gènes. On a commencé à réfléchir avec des bibliothèques… La collection, c’est les Lumières, la naissance du British Museum, c’est-à-dire le moment où on transforme les cabinets de curiosité en réserves de savoir, en corpus organisés, en outil culturel. Ce sont des collectionneurs qui ont inventé l’histoire, l’archéologie. Notre rapport au savoir et à la politique se transforme à partir de là. Cette organisation du réel se perpétue, mais une autre logique se superpose : celle d’une consommation immédiate et très rapide des contenus.

Les jeunes et l’idée de collection:

Chez les plus jeunes, je constate que l’idée de collection est étrange. L’idée d’acheter des choses pour les garder les surprend. Ils ont du mal à comprendre l’utilité de l’archive: ils vivent sur l’idée de l’abondance des contenus, de la disponibilité permanente et perpétuelle des images, orientée vers le futur et non pas vers le passé. Il y a des serveurs qui, magiquement, maintiennent disponibles un contenu désirable… Le contenu de demain sera toujours plus désirable que le contenu de la veille, et si tu ne trouves pas ce que tu cherches, tu as toujours à ta disposition un contenu de remplacement. Sur Youtube, il y a toujours une réponse. La sérendipité est comme une pertinence seconde, qui vient se substituer à la réponse exacte.

Histoire et mémoire à l’aulne du numérique:

Nous avons trop de mémoires numériques. La bonne réponse n’est pas la mémoire, mais l’histoire. L’histoire, c’est ce qui reste quand on a fait le tri, ce qu’on a jugé important, ce qui fait sens.

André Gunthert est le directeur du Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine (Lhivic)

L’interview intégral : André Gunthert : “Internet est une révolution de la consultation plus que de la production” « InternetActu.net.

Comment expliquer, au moment de la parution du troisième volume du manuel d’histoire franco-allemand couvrant l’Antiquité à la chute de Napoléon, le peu d’écho rencontré par ces manuels auprès des enseignants ? Est-ce seulement, comme l’indique le journal Le Monde un symbole de l’évolution des rapports franco-allemands ? Vous en saurez plus en lisant ma chronique du Café pédagogique dans le mensuel du mois de mai 2011.

Le manuel d’histoire franco-allemand : un échec ? | Café pédagogique

Twitter est un outil puissant de veille scientifique. Cependant, on peut se demander si l’outil est vraiment adapté à la communication institutionnelle. Plus que des institutions, ce sont des individus qui se présentent sur Twitter. La diversité de leurs intérêts fait la richesse du média. Pour les institutions, Twitter se limite souvent à un canal supplémentaire pour diffuser leurs fils RSS. Qu’en pensez-vous ?

Les institutions culturelles suisses sur Twitter ? | infoclio.ch

Un rôle du martyr qui n’est pas propre aux musulmans, ni aux révoltes arabes. La France pendant la révolution de 1789 comptait également ses martyrs, sacrifiés pour le salut commun. «Ces martyrs sont morts pour le bien public, dans une révolution qui est d’abord vue comme une régénération, témoigne Jean-Clément Martin, historien, spécialiste de la révolution française. Ils justifient le déroulement des événements, en lien avec les héros du moment, ils en sont aussi les exemples qu’il faut suivre. Leur présence a joué également dans l’acceptation de la mort par les Français de l’époque. Mort reçue ou mort donnée.»

Hamza, Neda, Mohammed Bouazizi… Pourquoi la révolution a-t-elle besoin de martyrs? | Slate

En Europe et aux États-Unis, à l’instar de ce qui s’était produit pour Napoléon Bonaparte, il se dév

En Europe et aux États-Unis, à l’instar de ce qui s’était produit pour Napoléon Bonaparte, il se développe dès le vivant de Garibaldi une légende dorée et une légende noire du personnage. Cet ouvrage désire cerner les contours de ces légendes qui transforment le condottiere italien en modèle pour les uns et en contre-modèle pour les autres. Les contributions de nombreux historiens étrangers permettent de dessiner une carte précise de la géographie du garibaldisme et de l’antigaribaldisme dans l’aire latine, anglo-saxonne, germanique et slave.

(via Garibaldi : modèle, contre-modèle » Le blog de l’histoire – Toute l’actualité de l’histoire par Passion-Histoire.net)

Présentation de l’éditeur: Le présent volume termine la grande synthèse de Jean Wirth sur l’im

Présentation de l’éditeur:

Le présent volume termine la grande synthèse de Jean Wirth sur l’image médiévale, commencée en 1999 avec « L’Image à l’époque romane », suivie en 2008 par « L’Image à l’époque gothique ». Il couvre l’évolution de l’image depuis la fin du XIIIe siècle jusqu’à l’iconoclasme de la Réforme. Le point de départ en est donné par la révolution giottesque de la construction picturale : un intérêt croissant pour la représentation des apparences sensibles débouche en effet, chez Giotto et ses contemporains, sur l’invention d’une perspective non mesurée qui se diffuse dans toute l’Europe occidentale et bouleverse les structures narratives, tandis que se met en place le portrait au sens moderne du mot, c’est-à-dire la représentation des traits physiques particuliers d’un personnage. Bien que les gains d’expressivité de l’image se traduisent par un « réalisme », au sens vulgaire du mot, ils visent à rendre le surnaturel palpable et sont mis au service d’une dévotion bigarrée, mêlant les apparitions au quotidien, l’exhibition des richesses aux prouesses d’ascétisme, le puritanisme à l’érotisation des saints.

Le système iconographique pousse à l’extrême les polarités préexistantes. La Vierge, reine des cieux et symbole de l’Église, est devenue une quasi-déesse, éternellement jeune, et le Christ, sanglant et asexué, un étrange objet de désir et de compassion. Les images se diversifient en faisant une place croissante aux saints, protecteurs des communautés et des individus, tandis que l’iconographie des pouvoirs séculiers commence à prendre ses distances avec le symbolisme religieux. Mais l’illusionnisme croissant des images est devenu source de méfiance, l’extravagance et la vénalité de leur culte inquiétant toujours davantage.

Face aux critiques, les peintres flamands et florentins du XVe siècle promeuvent un art sévère et digne, en harmonie avec une dévotion disciplinée. En Allemagne, où ces efforts n’ont pas abouti, les œuvres d’art qui remplissent les églises sont perçues comme les idoles et le faire-valoir d’un clergé détesté, de sorte que leur destruction accompagne son abolition par la Réforme. Ce n’est pas la fin du règne des images, bien au contraire, mais, à partir de ce moment, l’image cesse d’être en soi un phénomène artistique et son étude relève de moins en moins de l’histoire de l’art.

(via L’image à la fin du Moyen Age » Le blog de l’histoire – Toute l’actualité de l’histoire par Passion-Histoire.net)

Et si on résumait l’histoire en 140 caractères ? Imaginez : @Christophe_Colomb : Plages superbes, mais infestées de moustiques et de cannibales. Et les Taïnos n’acceptent que la verroterie. Pas d’Amex… Et pas de réseau… @Napoléon @Marie_Louise : Ouh la branlée. J’attends Grouchy pour noyer ça au bistrot. Il va m’entendre, celui-là. Et bien, cela existe déjà et cela s’appelle TwHistory?

L’histoire de France vue par Twitter