Les compétences en histoire : analyse de productions d’élèves (Histoire du Québec et du Canada)

Cette recherche vise à examiner le potentiel de développement des compétences en histoire des élèves à travers leurs productions dans le cadre du programme Histoire du Québec et du Canada. En s’appuyant sur la définition de compétence de Tardif (2006), Alexandre Lanoix, René Salem et Marc-André Éthier (Université de Montréal) ont analysé la mobilisation et la combinaison de ressources internes et externes par les élèves dans des situations d’évaluation.

L’étude révèle que les élèves mobilisent diverses ressources (vocabulaire, capacités d’analyse et formulation d’explications), mais que le format répétitif et balisé des questions ne sollicite pas (et ne permet pas d’observer) un savoir-agir complexe ni une pensée critique. Les productions démontrent une certaine maitrise des visées explicatives, bien que souvent rudimentaires, mais peu de traces d’une réelle perspective critique. Les étudiants traitent les documents historiques (ressources externes) en tant que sources d’information, conformément aux attentes du programme, mais sans se sentir investis d’y apporter un regard critique.

Toutefois, l’étude ouvre la voie à des pistes de réflexion sur les modifications possibles aux programmes et aux pratiques enseignantes, suggérant que des contextes pédagogiques plus variés et exigeants pourraient mieux soutenir le développement des compétences historiques des élèves.

J’en retiens après lecture

Dans une large mesure, la recherche rejoint/confirme des résultats obtenus, notamment ceux de Déry (2017) pour le Québec relativement à l’épreuve unique ministérielle. Le cadre d’évaluation des apprentissages (MEQ, 2025b)  et l’épreuve unique conduisent à influencer notablement les apprentissages des élèves. Les auteurs ajoutent «pour les stimuler autant que pour les limiter.»

À ce titre, les auteurs mettent en évidence que «les résultats indiquent que les visées incarnées par le cadre d’évaluation des apprentissages sont en bonne partie réalisées [dans les productions d’élèves]».  Cependant, les visées de ce cadre d’évaluation n’impliquent pas de la part des élèves  «un recours à une perspective critique pour analyser les sources et produire des interprétations». Les auteurs en concluent que «le développement de la perspective critique est limité dans les classes d’histoire du Québec».

And so what, en quelque sorte, nous disent les auteurs, car leurs constats nous conduisent à une forme d’impasse et d’impuissance à continuer d’observer ce qui, nous le savons, ne fonctionne pas et à espérer, ce faisant, un changement du cadre d’évaluation officiel si notre ambition commune (société, enseignant·es, didacticien·nes) relativement à l’enseignement de l’histoire réside dans le développement d’une perspective critique et citoyenne chez nos élèves. 

Cela les incite donc à s’inscrire dans d’autres champs de possible et cadres conceptuels pour envisager ce qui devrait être réalisé en classe en dehors d’un cadre d’évaluation sanction. Il leur paraît que la perspective interactionniste, présentée par Doussot et Fink (2022) présente de l’intérêt par la considération«que les apprentissages ont surtout lieu dans les interactions en classe, notamment lorsque les élèves sont placés en situation de vivre des enquêtes en histoire (Doussot et Fink, 2024)».

Ceci les conduit à porter désormais leur attention 

sur le travail des enseignants et les activités qui se déroulent en classe, notamment à travers des recherches menées en étroite collaboration avec des enseignants, des expérimentations d’approches nouvelles et une analyse plus fine des apprentissages réalisés par les élèves, au-delà des épreuves certificatives. 

Références citées :

  • Déry, C. (2017). Description et analyse des postures épistémologiques soustendues par l’épreuve unique ministérielle de quatrième secondaire en Histoire et éducation à la citoyenneté. *McGill Journal of Education, 52*(1), 149–172. https://mje.mcgill.ca/article/view/9456
  • Doussot, S. et Fink, N. (2022). La didactique de l’histoire dans l’espace francophone. Analyse des développements d’une discipline scientifique. *Éducation & didactique, 16*(3), 115-135. https://doi. org/10.4000/educationdidactique.10773
  • Doussot, S. et Fink, N. (2024). Apprendre aux élèves à enquêter comme des historiens : contraintes didactiques et enjeux pédagogiques. Dans S. Doussot, M.-A. Éthier et N. Fink (dir.), *Didactique de l’histoire et compétences critiques. Penser l’apprentissage de l’histoire par la notion d’enquête* (p. 277–303). De Boeck. https:// doi.org/10.3917/dbu.douss.2024.01.0277
  • Tardif, J. (2006). L’évaluation des compétences. Chenelière éducation.

L’article : Lanoix, A., Salem, R., & Éthier, M.-A. (2026). Les compétences en histoire : analyse de productions d’élèves. Canadian Journal of Education Revue Canadienne De l’éducation, 49(3), 48–69. https://doi.org/10.53967/cje-rce.7355

Image en-tête : générée par IAg à partir du premier paragraphe de ce billet.

Mots-clés : #didactique #pensée historienne #évaluation #compétences #ProductionsElèves