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Le smartphone devient-il le nouveau « crayon-livre » de l’élève ? – Veille et Analyse TICE

Un très bon billet de Bruno Devauchelle sur la place, l’usage et la question des smartphones à l’école. Extrait :

«Revenons alors à la salle de classe. La fameuse « liberté pédagogique » doit-elle permettre cette évolution vers le « nouveau crayon-livre » ? Les tentatives d’encadrement sont-elles vaines ? On se trouve en fait face à un problème qui n’a pas encore été réellement pensé. Dans un film (désormais introuvable ?) de Curiosphère on entendait des jeunes de classes de 1ère parler de leurs usages en classe. Cette émission montrait la normalité, pour les élèves, de l’usage du téléphone portable (à l’époque en 2010) et effleurait la question du potentiel pour apprendre (consultation de dictionnaires… calculatrice). Les témoignages recueillis auprès des enseignants semblent tous confirmer que cet usage en classe accompagné par l’enseignant est préférable à l’usage clandestin. De plus il ne génère pas autant de troubles qu’on pourrait s’y attendre.»

Le billet à lire : Le smartphone devient-il le nouveau « crayon-livre » de l’élève ? – Veille et Analyse TICE

Crédit image : CC0 Public Domain. Via Pixabay

Nicolas Offenstadt : « La bataille du Chemin des Dames a été marginalisée dans l’Histoire »

Le Président Hollande est attendu dans l’Aisne pour les cérémonies du centenaire de l’offensive Nivelle du 16 avril 1917 au Chemin des Dames. L’historien Nicolas Offenstadt, spécialiste de la première Guerre mondiale est l’invité d’Ali Baddou sur France Inter.

Vers une réhabilitation ?

François Hollande sera le premier chef d’Etat français à commémorer l’offensive du 16 avril 1917 au Chemin des Dames. En 1917, un million d’hommes étaient mobilisés sur cette offensive, et 90.000 d’entre eux sont morts.
Pourquoi commémorer cette défaite ? « C’est avant tout pour commémorer la mémoire des soldats qui se sont battus« , explique Nicolas Offenstadt. « On ne peut pas commémorer une offensive ratée qui met en cause et le commandement et le gouvernement, donc c’est avant tout pour se pencher sur la mémoire des soldats« .
Lors de cette commémoration, des soldats fusillés pour l’exemple au cours de cette bataille marquée par les révoltes et les mutineries sera évoquée. Est-il question de les réhabiliter, là où Lionel Jospin en 1997 les avait réintégrés à la mémoire. « François Hollande a déjà fait ce qu’il y avait à faire : mettre en ligne les dossiers des fusillés, et refaire faire la muséographie du musée de l’Armée pour y intégrer la mémoire de la désobéissance« , assure l’historien, qui reconnaît avoir été consulté par les équipes de François Hollande pour l’écriture de son discours commémoratif.
La commémoration devrait aussi être une occasion de rendre hommage aux tirailleurs sénégalais, qui ont eux aussi payé un lourd tribut dans cette bataille. « Pour des troupes venues d’Afrique, il y avait des souffrances particulières au froid, sans compter que le commandement était beaucoup plus dur avec les troupes coloniales », explique-t-il.

Regardez l’intégralité de l’interview de Nicolas Offenstadt :

Lien vers l’émission : Nicolas Offenstadt : « La bataille du Chemin des Dames a été marginalisée dans l’Histoire »

La Chanson de Craonne

On associe La Chanson de Craonne à cette bataille. Sur l’histoire de cette chanson, je vous propose de consulter l’article que lui consacre l’histeobox.

Après avoir traité de l’élaboration de cette chanson et son association à l’offensive au Chemin des Dames, l’article traite également fort bien de la question des mutineries de 1917 (grève ou refus de la Guerre ?) comme de la démythification de Pétain.

L’article d’histeobox conclut :

«La chanson de Craonne s’est progressivement imposée aux yeux de nos contemporains comme la chanson emblématique de la grande guerre. Elle jouit d’une aura particulière et des légendes tenaces continuent à courir sur son compte. D’aucuns affirment, alors qu’aucune source ne l’atteste, que les autorités militaires françaises auraient promis une forte récompense à quiconque dénoncerait l’auteur du morceau. Autre idée reçue, la Chanson aurait été interdite de diffusion sur les ondes jusqu’à une date récente. Or il n’en est rien!
Le morceau connaît aujourd’hui une nouvelle notoriété. De nombreux interprètes se sont essayés à ce morceau, notamment Marc Ogeret, les Amis d’ta femme (1998), Maxime Leforestier (2003), Sanseverino… Des films (l’adaptation d’un long dimanche de fiançailles par JP Jeunet) téléfilms consacrés à la guerre de 14-18 utilisent la chanson.
Pour terminer, laissons la parole à un des personnages du roman « Pain de soldat » écrit par Henry Poulaille en 1937: « Quand bien même on crèverait tous, elle résisterait elle, puisqu’elle avait tour à tour chanté les plateaux de Lorette, ceux de Verdun, ceux de Craonne. C’est la chanson née du peuple de la guerre. Elle est sans chiqué, sans art, elle est un cri. »»

Source image : Attaque française au Mont des Singes, Collection particulière – Plaque de verre stereoscopique sur la Premiere guerre mondiale © AFP / Josse / Leemage

Luther, le réformateur, était aussi apôtre de l’antisémitisme

Le moine allemand, initiateur du protestantisme est la figure de proue de la commémoration des 500 ans de la Réforme. Au cours de sa vie, l’homme a eu une attitude complexe face aux juifs. La Page Histoire de Guillaume Henchoz parue dans le Matin Dimanche du 9 avril 2017. Morceaux choisis.

Le 31 octobre 1517, le moine allemand Martin Luther placarde sur la porte de l’église de Wittemberg 95 thèses critiquant le commerce des indulgences. Cinq siècles plus tard, c’est bien la figure de Luther qui est mise en avant pour commémorer les débuts de la Réforme. Mais certains aspects de sa personnalité posent problème: c’est le cas de son antisémitisme affiché.

Pour l’historien Thomas Kaufmann, auteur du récent ouvrage «Les juifs de Luther», il faut d’abord replacer le réformateur dans son contexte historique. A la fin du Moyen- Age, l’antisémitisme est une posture courante chez les intellectuels et les clercs. Luther ne fait pas exception. Les théologiens versent volontiers dans l’antijudaïsme: on reproche aux juifs de se four- voyer en ne reconnaissant pas le figure messianique de Jésus. S’ils sont régulièrement persécutés, on cherche aussi à les convertir. Et c’est bien le programme que se fixe le réformateur de Wittemberg: «Puisque la lumière dorée de l’Evangile commence à se lever et à rayonner, on peut espérer que de nombreux juifs seront convertis d’une façon consciencieuse et fidèle», écrit-il dans sa correspondance en 1521. Deux ans plus tard, Luther signe un texte, «Que Jésus-Christ est né juif», dans lequel il préconise une «coexistence» avec les juifs… du moins le temps que ces derniers abandonnent leur «fausse religion». Une lecture juste de l’Ancien Testament ne peut que mener à la con- version, estime le réformateur. Cela ne l’empêche pas d’insister sur le fait qu’il faut se montrer extrêmement prudent sur la véracité de ces conversions. «Il y a chez les juifs une nature qui les pousse à la tromperie», écrit-il encore.

Mais au fil des années, le réformateur déchante: les conversions tant attendues ne se sont pas légion et Martin Luther, désabusé, change peu à peu son fusil d’épaule: «Nous voyons bien à l’expérience quotidienne que nous faisons avec les juifs à quel point ils sont inflexibles et endurcis de génération en génération. Ils peuvent parler du Christ d’une façon venimeuse et haineuse qui dépasse toute mesure.» En 1543, il écrit une charge haineuse, «Des juifs et de leurs mensonges». Pour Thomas Kaufmann pourtant, la position de Luther sur le judaïsme ne change pas vraiment tout au long de son parcours: le réformateur cherche à faire entrer les juifs dans le giron du protestantisme tout en se méfiant de la sincérité de leur conversion.

Pour l’historien Johann Chapoutot, avec lequel Guillaume Henchoz s’est entretenu dans le cadre d’une série d’entretien menés en marge du festival Histoire et Cité qui s’est tenu à Genève, tout en reconnaissant qu’il y a dans les positions du réformés de Wittemberg une forme d’antisémitisme qui ne relève pas exclusivement d’un antijudaïsme théologique, il insiste également sur le fait qu’il faut attendre le XIXe siècle et les théories sur les races pour parler d’une forme antisémitisme moderne. Si Luther s’emporte régulièrement sur le “sang des juifs”, son premier objectif restera de les convertir au christianisme et non pas de les éliminer en tant que race ou peuple.

Lire l’article complet : https://medium.com/quelle-histoire/luther-le-réformateur-était-aussi-apôtre-de-lantisémitisme-91273d5d050

Le quotidien médiéval comme vous ne l’avez jamais vu

Nouvelles images du Moyen Age par CNRS

Dans le Languedoc-Roussillon, les plafonds peints de grandes demeures médiévales sont tirés de l’oubli, voire sauvés de la destruction, grâce à une poignée d’historiens. En marge des manuscrits et de l’architecture, jusqu’alors principales références du Moyen Âge, elles apportent un regard neuf sur la vie quotidienne à la fin du XVe siècle, avec des citadins qui semblaient beaucoup aimer s’entourer d’images…

À propos de cette vidéo
Titre original : Nouvelles Images du Moyen Âge
Année de production : 2014
Durée : 5 min 30
Réalisateur : Paul Rambaud
Producteur : CNRS Images
Intervenant(s) : Pierre Olivier Dittmar (EHESS) historien au Groupe d’anthropologie historique de l’occident médiéval (GAHOM – CRH-EHESS, Paris)
Monique Bourin (Univ. Paris 1) historiennne au Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris (LAMOP, univ. Paris 1, Panthéon Sorbonne).

Le Moyen Âge comme vous ne l’avez jamais vu | CNRS Le journal

Histoire de l’immigration en France : Le rapport Stora

Où en est la recherche sur l’histoire de l’immigration ? Le rapport de Benjamin Stora fait le point sur l’évolution des questionnements, celle des sources et propose des préconisations. « De fait, la recherche française a comblé en grande partie son décalage avec les mouvements de société apparus dans les années 1980 (émeutes Vaulx-en-Velin, marche pour l’égalité contre le racisme, mouvement antiraciste, émergence d’un parti politique ouvertement xénophobe.).. Ce rapport montre le foisonnement de la recherche française sur l’immigration (à contre-courant des idées reçues). Il montre également comment la recherche se renouvèle, en intégrant, en particulier en histoire, le mouvement et la globalisation, en renouvelant ses sources, ses problématiques, ses écritures« , écrit B Stora. « Force est de constater, pourtant, que l’existence de tout ce savoir n’a pas pénétré profondément la société française, qui continue d’être « travaillée » par les idées-reçues -quand elles ne sont pas fausses, sur l’immigration« .

Le rapport

Benjamin Stora, né le 2 décembre 1950 à Constantine en Algérie, est un historien et Professeur des universités à Paris 13 et l’INALCO. Ses recherches portent sur l’histoire du Maghreb contemporain, l’Algérie coloniale, les guerres de décolonisation et l’immigration en France.

Source de l’information : Histoire de l’immigration : Le rapport Stora

Crédit image : Benjamin Stora en novembre 2012 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Écrire avec les technologies, ça change l’écriture! – École branchée


Écrire avec un crayon sur une feuille de papier ou écrire en tapant sur un clavier et en regardant un écran, qu’est-ce que ça change pour les élèves?

C’est ce qu’a voulu savoir Thierry Karsenti dans une étude. Les résultats sont sans équivoque: « les jeunes, garçons et filles, sont bien plus motivés quand ils réalisent des tâches d’écriture à l’ordinateur ». Et il y a plus!

« Nos résultats montrent une amélioration de la compétence à écrire chez l’ensemble des élèves, garçons et filles. En fin d’année scolaire, nos constats révèlent aussi que ce sont quelque 96 % des élèves qui se perçoivent plus compétents à écrire quand ils réalisent cette tâche à l’ordinateur », lit-on dans le rapport de recherche de Thierry Karsenti et son équipe.

La recherche a été conduite dans des classes d’écoles primaires de la région de Montréal. Elle avait pour objectif général de mieux comprendre l’apport de l’écriture avec les technologies pour le développement de la compétence à écrire des élèves du primaire en milieu défavorisé.

Au final, lorsque l’accompagnement pédagogique était adéquat, les élèves réalisaient moins de fautes quand ils écrivaient à l’ordinateur, ils écrivaient des textes plus longs et ils faisaient preuve de plus de créativité.

Lire l’article et ses recommandations : http://ecolebranchee.com/2017/03/30/ecrire-technologies/

14-18 : La bataille d’Arras

Le 9 avril 2017, le monde va commémorer le Centenaire de la Bataille d’Arras, considérée comme la plus grande attaque surprise de la Première Guerre mondiale.
La bataille, qui s’est déroulée en 38 jours, a majoritairement concerné des soldats du Commonweath venus des cinq continents (Anglais, Gallois, Irlandais, Ecossais, Indiens, Américains, Canadiens, Néo-zélandais…). Au total, plus de 160 000 soldats alliés et au moins autant du côté allemand y ont perdu la vie, et 80% de la surface de la ville d’Arras a été rasée.

Les 100 ans de la Bataille d’Arras par mission-centenaire

Cette vidéo, réalisée par la Ville d’Arras, retrace ce énième terrible épisode de la Grande Guerre. Si la ville a pu être reconstruite de la fin de la guerre à 1934, seuls les cimetières restent pour les soldats tombés aux combats.

Source de la carte : http://fr.academic.ru/dic.nsf/frwiki/190026

#dariahTeach Gardons à l’esprit les leçons d’Aaron Swartz

Mort a 26 ans, alors qu’il était poursuivi par le FBI1, Aaron Swartz a marqué l’histoire d’Internet. Quatre ans apres son suicide, un ouvrage regroupant ses écrits est publié en France.

« La vraie question n’est pas de savoir quel effet a eu le travail que l’on a accompli, mais à quoi ressemblerait le monde si on ne l’avait jamais accompli. » A 19 ans, Aaron Swartz écrivait ces lignes sur son blog, dans un texte nommé « Héritage ». Quatre ans après son suicide, s’il est impossible de savoir à quoi ressemblerait le monde sans lui, une chose est sûre : Internet ne serait pas tout à fait le même sans le génie de ce jeune Américain, dont le combat pour la liberté de l’information et de la connaissance a, in fine, contribué à sa mort.

L’ouvrage Celui qui pourrait changer le monde, paru mardi 21 mars en France aux éditions B42, regroupe une série de textes d’Aaron Swartz. Rédigés dès l’âge de 14 ans, ils témoignent non seulement de l’intelligence précoce de ce programmeur, mais aussi d’une page d’histoire de l’Internet, peut-être sur le point de se tourner aujourd’hui.

« Il représente à la fois l’idéalisme d’Internet et son côté sombre, explique au Monde Brian Knappenberger, auteur d’un documentaire consacré à Aaron Swartz, The Internet’s own boy. Ses idées et son talent représentent tout ce qu’il y a de bien sur Internet. Les forces qui ont agi contre lui, comme le système judiciaire américain, représentent tout ce qui peut dérailler. »

Alors que pendant trois jours avec dariahTeach, nous avons discuté et échangé sur les questions de l’Open Education et de Digital Humanities (DH), cet ouvrage offre, à mon avis, une utile conclusion à nos discussions, car Aaron Swartz défendait bec et ongles l’idée que les connaissances scientifiques devaient être mises à disposition de tous et exécrait le fait que celles-ci soient « aux mains d’une poignée de sociétés privées. »

Plus d’informations sur le livre : Aaron Swartz, le testament politique d’un enfant du Net

Obtenir le livre : http://editions-b42.com/books/celui-qui-pourrait-changer-le-monde/

  1. Le 11 janvier 2013, Aaron Swartz est retrouvé mort, pendu dans son appartement. Depuis deux ans, ce militant de l’accès à la connaissance pour tous est « harcelé » par le FBI, selon les termes de ses proches. La raison ? Avoir téléchargé en masse des articles scientifiques de la plate-forme payante JSTOR à partir des locaux du Massachusetts Institute of Technology, où ces documents sont accessibles gratuitement. ↩

Écrire l’Histoire collectivement, sur Wikipédia, avec les edit-a-thons – HistoireEngagée.ca

Pour HistoireEngagée.ca, Anne-Valérie Zuber, étudiante en Master Études Européennes à l’Université de Fribourg, revient sur diverses démarches collectives entreprises pour réduire le fossé de genre (gendre gap) existant sur Wikipedia relativement à l’histoire des femmes.

Assistance à ArtAndFeminism Love Machine, 4 mars 2017. Crédit : Rama (Wikimedia Commons).
Assistance à ArtAndFeminism Love Machine, 4 mars 2017. Crédit : Rama (Wikimedia Commons).

«Après avoir appris l’existence d’edit-a-thons (contraction d’« édition » et de « marathon ») thématisant spécifiquement l’absence, voire l’invisibilisation, des femmes sur l’encyclopédie en ligne, je me suis retrouvée parachutée dans l’univers « wikipédien » à Paris n’ayant pourtant  jamais participé à un édit-à-thon auparavant et ne connaissant pas les mécanismes d’édition collaborative sur l’encyclopédie.»

Pour vous inciter à lire ce fort intéressant article, je vous livre sa conclusion

Au final, la rencontre entre organisateurs.rices d’edit-a-thons a mis en lumière aussi bien les potentialités de Wikipédia que les aspects problématiques de son épistémologie. Comme j’ai essayé de le montrer, les manquements de l’écriture wikipédienne sont semblables à ceux de l’historiographie. À Paris, les intervenants.es ne se sont toutefois pas éternisés.es sur la démonstration des défauts de la plateforme, dont l’argumentaire sert avant tout à convaincre de la nécessité d’interventions concrètes. C’est cet aspect pragmatique qui me paraît le plus inspirant. L’approche est caractéristique de l’univers wikipédien dont l’essence est une réflexion sur le « commun ». Nombre de wikipédiens.nes s’engagent ainsi consciemment dans le perfectionnement de « leur » plateforme et le programme des ateliers de la Wikiconvention atteste de la palette très large d’interventions sociales et techniques des contributeurs.rices les plus assidus.es  – notamment par des projets tels que « Wiki Loves Woman dans l’espace francophone africain », « Sensibilisation des responsables politiques » ou « Valoriser des fichiers de Commons ». Dans ce contexte, les edit-a-thons exploitent les caractéristiques participatives de l’édition sur Wikipédia dans le but de sensibiliser à l’absence et l’invisibilisation des femmes et autres absents.es de l’Histoire. Ce qui est stimulant, c’est que les chances d’offrir une meilleure visibilité à ces sujets semblent réelles avec ce médium. Même noyés dans la masse des innombrables entrées de l’encyclopédie, des liens, des portails thématiques, des traductions, etc. permettent de donner une certaine consistance à ces idées. En outre, au-delà des biographies, la réflexion a été entamée sur la manière dont on écrit en francophonie, quel que soit le sujet. Chaque communauté linguistique a en effet ses caractéristiques propres, aussi bien que ses sujets d’intolérance particuliers. À titre d’exemple, le profil francophone du philosophe et écrivain trans Paul B. Preciado a fait l’objet d’une vive controverse, certains.es contributeurs.rices ont refusé  de réécrire sa biographie au masculin, alors qu’en espagnol et en anglais, la transition a été faite sans remous. Dans le cadre d’une réflexion sur la place des femmes dans l’histoire et dans la discipline historique, il me semble que les edit-a-thons constituent une réponse concrète à la fois actuelle et originale à la problématique de la construction des savoirs, en plus d’autoriser un certain optimisme en termes d’autonomisation et d’affirmation des sujets. Avec Wikipédia, les concernés.es ont peut-être plus de chances d’avoir une voix au chapitre. Du moins, ils et elles peuvent se saisir des outils pour le faire et aller au-delà de la simple « inclusion » : « [i]nclure, ça veut dire faire une place aux ‘’autres’’, c’est donc presque à l’opposé du sens originel de l’intersectionnalité qui suppose l’interdépendance des oppressions donc l’absence de hiérarchies et l’absence d’un centre dont le rôle serait d’inclure/intégrer des minorités ». C’est là tout l’intérêt d’une écriture collective de l’histoire.

L’article à lire : Écrire l’Histoire collectivement, sur Wikipédia, avec les edit-a-thons – HistoireEngagée.ca

En complément, je vous invite également à lire ma dernière chronique mensuelle du Café pédagogique : Rendre l’histoire des femmes visibles… et pas seulement chaque 8 mars .

Big Data & MOOC : rien de forcément révolutionnaire #dariahTeach

Dans deux colloques consacrés quasiment simultanément aux Humanités digitales, le côté révolutionnaire ou novateur de notre époque en matière d’innovation numérique a été fortement, et à juste titre, relativisé, voire même remis en cause. Nous aurions d’ailleurs intérêt d’arrêter de penser qu’à chaque fois nous réinventons la roue. Il est temps d’apprendre de nos expériences précédentes. À ce titre l’histoire des technologies est des plus importantes.

Dans le premier cas, jeudi et vendredi de la semaine dernière, avaient lieu à l’INED à Paris les journées Science XXL. Réunissant des chercheurs de toutes presque toutes les sciences humaines sociales (économie, géographie, sociologie, histoire, science politique, démographie, histoire et philosophie des sciences), l’objectif était de se demander ce que « l’abondance et la diversité des données numériques font au sciences sociales », selon le sous-titre du programme.

Dans ce cadre, Béatrice Cherrier a proposé une rapide mise en perspective. Le terme de « big data » fut, selon elle, mentionné pour la première fois à la fin des années 1990 du côté de la NASA, soit plusieurs années avant les chronologies officielles, et dix ans avant que le phénomène soit évoqué. Le terme est aussi flou et désigne des réalités bien différentes d’une discipline à l’autre, relatives aux capacités de stockage différentes et à des taille de corpus habituels elles aussi variables. Faisant un pas de plus, elle interrogeait la nouveauté même du phénomène. Car si ce qui se joue dans les « big data », c’est le fait que les volumes de données dépassent les capacités de stockage et de traitement, la situation actuelle ne différerait pas fondamentalement de ce qui s’est joué au moment de l’invention de l’imprimerie, des premiers ordinateurs, voire d’autres formes de duplication de l’écriture. Au XIVème siècle déjà, le philosophe Ibn Khaldun évoquait cette abondance qui entraverait « la quête humaine du savoir et le travail académique » (Muqaddimah, 1969, p. 414). Dans les années 1950, les discours relatifs à la big science annonçaient une révolution scientifique, économique et médicale qui se fait toujours attendre. L’opposition entre « Cassandre » et « prophètes » des données massives, pour reprendre une expression de Dominique Cardon, ne date donc pas d’hier. Source : http://data.hypotheses.org/1154

Cette semaine, c’est à l’Université de Lausanne que les Humanités digitales sont à l’honneur dans le cadre d’une session de dariahTeach (http://dariah.eu). Dans le cadre de la Conférence consacrée aux ressources numériques, Michael Piotrowski, tout nouveau professeur des Humanités digitales de l’Université de Lausanne, nous plongeait dans l’histoire de l’enseignement à distance pour analyser le caractère prétendument nouveau et révolutionnaire des MOOC.

De manière un peu impertinente, mais dans le fond pas autant que cela, il dressait un parallèle entre les MOOC et le développement, dans les années 1960, des programmes télévisés éducatifs.

Il a ensuite été question de PLATO ( Programmed Logic for Automatic Teaching Operations ), apparu dans les années 1960 et dont la quatrième version de 1972 comprend déjà le recours aux emails, un chat et à un forum.

En conclusion de son intervention, Michael Piotrowski a mis en garde devant l’amnésie historique des développement numériques. Cette amnésie est le plus grand obstacle à de véritables améliorations tant technologiques que pédagogiques. Nous sommes constamment à vouloir réinventer la roue, car nous sommes incapables d’apprendre de nos expériences précédentes.

Et si, cette fois-ci, on changeait vraiment en ayant appris de nos erreurs ?