Pascal Montlahuc et Romain Millot nous proposent leur compte-rendu de lecture de Beard, M.(2016). S.P.Q.R. Histoire de l’ancienne Rome. Paris : Éditions Perrin, 592 p. ISBN : 978.2.2620.4871.6.
Avec SPQR, c’est une lecture personnelle de l’histoire romaine que propose Mary Beard (désormais MB). Sa volonté de présenter une synthèse de plusieurs décennies de réflexions sur l’Antiquité romaine donne lieu à un ouvrage passionnant, agréable et plein d’humour, dont le succès est déjà indéniable chez les critiques et chez les libraires. Car SPQR n’est pas un livre destiné aux seuls spécialistes. Il est au contraire un parcours de (re)découverte destiné aux amoureux de la Rome antique, aux étudiants comme à ceux qui voudraient découvrir la réalité d’un empire méditerranéen maintes fois fantasmé au cinéma, au théâtre ou dans la littérature. L’ouvrage comprend d’ailleurs un choix original de nombreuses illustrations, d’excellente qualité et systématiquement légendées, qui viennent tisser le fil de ce récit plaisant.
S’il en a les qualités graphiques et littéraires, il ne faudrait pourtant pas voir dans SPQR un simple best-seller racoleur et simplificateur, sous peine d’oublier la démarche résolument historienne adoptée par l’auteure. MB délaisse en effet l’articulation d’une histoire chronologique au profit d’une écriture narrative qui construit son propos sur l’étude de la micro-histoire, d’analyses de mouvements de fond, de documents archéologiques et iconographiques, enfin de débats historiographiques qui font entrer le lecteur dans les coulisses d’une histoire ancienne en perpétuelle (re)construction. L’enquête s’étend également au souvenir laissé par l’histoire de Rome jusqu’à aujourd’hui et MB prend soin de pourfendre les erreurs, croyances et stéréotypes qui altèrent ou modifient la réalité romaine telle qu’elle peut être reconstituée par la stricte lecture des sources anciennes, dont l’auteure possède une connaissance approfondie.
Pourquoi, à une époque où l’histoire de la violence et des génocides suscite le plus vif intérêt du public, celui du Rwanda intéresse si peu? Il y a un quart de siècle, près d’un million de personnes ont été assassinées en l’espace de cent jours. L’Afrique est-elle vraiment trop «loin» de l’Europe pour que nous nous sentions concernés par l’horreur qu’évoquent ces chiffres? Stéphane Audoin-Rouzeau lui-même le confesse: l’historien était resté à peu près insensible à ce carnage avant de ressentir un profond «saisissement» lors d’un voyage en 2008.
«Au Rwanda, le temps n’efface rien, comme le montre le récit de Stéphane Audoin-Rouzeau. A chaque cérémonie commémorative, des rescapés, hommes et femmes, sont saisis de ce que les médecins nomment «crise traumatique». Or loin de s’estomper avec les années, ces crises semblent de plus en plus nombreuses et brutales au fil des années. Terreur inhumaine qui vous poursuit à l’infini: «Les Interahamwe arrivent! On tue mes enfants! On tue mes enfants! On me coupe les seins!» Tels sont les mots désespérés d’une femme en pleine réminiscence dans un stade à Kigali en 2008, avant d’être évacuée.
Les lieux de mémoire se sont imposés dans le paysage: Gisozi, le mémorial de la capitale Kigali; Nyamata, où 50’000 personnes ont péri dans une église (oui, 50’000); l’école de Murambi, refuge fatal pour un nombre équivalent de personnes, dont de très nombreux enfants; la colline de Bisesero, lieu d’une résistance acharnée; l’église du village de Nyange, démolie au bulldozer avec 3000 réfugiés tutsis à l’intérieur, sur l’ordre du prêtre… «On acquiert la conviction que ce que nous savons du génocide est en dessous de la vérité», note l’auteur dans ses notes de terrain.»
Stéphane Audoin-Rouzeau, «Une initiation. Rwanda (1994-2016)», Seuil, 174 p.
Lire le compte-rendu du journal Le Tempshttp://ift.tt/2bAJSmJ.
Du 22 au 24 mars prochain, à Lausanne, se tiendra la conférence conclusive du partenariat stratégique Eramus+ #dariahTeach sur le thème Open Resources. J’y interviendrais avec ma collègue Nicole Durisch Gauthier.
Dans le cadre de cette conférence, Nicole Durisch Gauthier et moi-même présenteront les premiers éléments d’une recherche exploratoire sur les réponses pouvant être apportées par les technologies digitales sur l’enseignement et l’apprentissage dans le cadre de grand cours de type magistraux. Notre observation portera sur le module de première année dispensé à la HEP Vaud en Sciences humaines et sociales aux étudiants du Bachelor Primaire. Notre intervention s’intitule «Digitally enhanced teaching and learning as an answer to the challenge of large classes? An exploratory study».
Plus largement, dans l’appel à contributions, #dariahTeach soulignait que
«De nombreuses questions se posent encore quant aux modalités d’usage des outils et objets d’apprentissage, présentés comme ressources éducatives libres (REL), ou comme programmes complets (par exemple les MOOCs). Open Education est un séminaire qui s’inscrit dans le thème DARIAH 2016 de «sciences humaines pour le public», et qui est organisé à Lausanne (CH) par le consortium #dariahTeach. Ce séminaire a notamment pour but de montrer comment les nouveaux aspects pédagogiques de l’apprentissage digital augmenté sont potentiellement mis en œuvre par les communautés, les facilitateurs et les bailleurs de fonds. L’événement, qui accueillera des experts des sciences de l’éducation, mettra en exergue le «pourquoi» et le «comment» de l’apprentissage numérique augmenté, ainsi que la manière de le promouvoir en tant que bien public.»
Les communications porteront sur les dimensions suivantes :
Les enjeux en matière d’éducation ouverte (open education) et de ressources libres (open resources)
l’articulation enseignement en présentiel et enseignement à distance
l’élaboration des programmes bachelor et master DH en ligne
les ressources en ligne et les enjeux de maintenance des données
A savoir : #dariahTeach est un partenariat stratégique Erasmus + rassemblant huit institutions partenaires, dont l’UNIL et le SIB. L’appel à contributions avait été lancé sur le site de l’ERIC européen en Humanités Digitales, DARIAH, et il était également soutenu par les organisations internationales ADHO, EADH et Humanistica.
Le projet #dariahTeach a pour objectif de développer du matériel d’enseignement multilingue de haute qualité et en open-source, à destination des sciences humaines. Il a également pour but de renforcer les alliances et de promouvoir des pratiques innovantes en matière d’enseignement et d’apprentissage au sein du réseau DARIAH.
Pendant que le programme d’Emmanuel Macron propose d’interdire les smartphones à l’école… ces derniers s’imposent comme outils pédagogiques aux Etats-Unis en augmentant l’interactivité en classe, en générant de l’enthousiasme, et surtout, en permettant aux élèves d’apprendre n’importe où, avec ou sans connexion Internet. Allez comprendre Charles…
Les téléphones portables des élèves ne sont pas qu’une nuisance pour les professeurs. Aux États-Unis, ils servent de plus en plus d’outil pédagogique, avec des contenus de cours et des fonctionnalités à utiliser en classe ou à la maison. En témoigne le succès de TopHat ou de Nearpod, une start-up qui produit des cours et modules pour smartphones. Tel est le constat et l’enquête menée par le site d’informations spécialisé EdSurge.
[…]
Le smartphone, pour apprendre n’importe où
Dans les établissements d’enseignement, peu à peu, le mobile a pris le pas sur la tablette. Pour une raison simple : presque tous les élèves en sont déjà équipés. De plus, ils entretiennent avec cet outil un rapport plus affectif. Selon Guido Kovalsky, le téléphone portable serait très adapté pour augmenter l’interactivité en classe, générer de l’enthousiasme, et surtout, permettre aux élèves d’apprendre n’importe où, avec ou sans connexion Internet.
[…]
Vers la réalité virtuelle
Récemment, la société Nearpod s’est lancé dans la 3D et la réalité virtuelle, et compte profiter de sa levée de fonds pour approfondir ce domaine. […]
Les enseignants peuvent ainsi « emmener leurs élèves en voyage de classe », selon la formulation de Nearpod, au Louvre ou au cœur des pyramides mayas. L’entreprise a aussi développé son propre casque low cost, qu’elle essaie de vendre aux établissements.
« Pas de téléphone portable dans le monde de l’école » dit Emmanuel Macron. Fort bien. Mais la question n’est-elle pas d’avoir un jour plus d’école dans le monde des téléphones portables ?
Et qui conclut son analyse de la manière suivante :
L’interdiction des portables à l’école signifierait alors que cette dernière renonce à intervenir explicitement dans cet océan de temps connecté et qui pèse donc autant que le temps passé à l’école ?
Irions-nous jusqu’à présupposer qu’une scolarité basée essentiellement sur l’« avant numérique » suffit à l’école pour être l’acteur déterminant, au côté de la famille, du développement d’un enfant ? Ce serait considérer que finalement les mobiles ne sont que des outils qui accélèrent tout mais ne changent pas fondamentalement nos vies ni notre façon de vivre ensemble. L’arrivée à grande échelle de la post-vérité et de ses conséquences portées par les réseaux sociaux n’a pas l’air d’abonder dans ce sens.
Se replier, en laissant la moitié du temps, le développement d’un jeune cerveau à un système qui évolue sans réel souci des enjeux éducatifs semble une solution bien hasardeuse. Si on s’installe dans cette séparation, il est douteux que l’école fasse le poids.
En définitive la proposition d’Emmanuel Macron ne peut ni durablement, ni sérieusement être envisagée. Reste à déterminer l’objectif réel du candidat avec une telle proposition.
Dans le cadre de la préparation au mémoire professionnel et à la suite de la deuxième séance consacrée à la recherche documentaire (RERO, recherche par sujet, Cairn), organisée par la BCU, le billet suivant du site Isidore et Ganesh. Méthodologie et outils numériques en histoire de l’art présente la plateforme d’accès Isidore offrant un accès aux données numériques en SHS. Voici l’introduction de cet intéressant billet.
Concernant la plateforme, Isidore est un service de visualisation et d’enrichissement des données de la recherche en Sciences Humaines et Sociales. D’un premier abord un peu difficile à cerner, le moteur Isidore se révèle un précieux allié pour les chercheurs, offrant un point d’entrée unifié et enrichi sémantiquement à de nombreuses ressources essentielles des SHS.
Le constat du difficile accès aux données et ressources de la recherche
Tout chercheur en SHS a déjà été confronté à ce problème : il existe de multiples portails qui proposent des accès à des ressources utiles à ses travaux (articles, annonces de colloques, sources numérisées…). Tous ces portails ont des périmètres plus ou moins étendus, des moteurs de recherche spécifiques et des modalités d’accès aux contenus (licences…) divers. Certains portails moissonnent et regroupent le contenu de plusieurs bases, mais en excluent d’autres. Il est rare qu’un chercheur connaisse parfaitement le périmètre des sites qu’il utilise, ou qu’il ait une vision globale de la qualité et de la quantité des ressources proposées.
Faute de connaissances aussi précises, la recherche se fait parfois au petit bonheur la chance : « j’utilise telle base ou telle bibliothèque parce que je la connais, son interface est pratique« .
Isidore, moissonner, enrichir et visualiser les ressources disponibles
Face à cette multitude de ressources et de points d’accès mais aussi aux disparités qualitatives des métadonnées, HumaNum a développé une plateforme, Isidore, qui moissonnedes ressources provenant de différentes sources, enrichit leur description et les présente dans une interface qui se veut la plus pratique possible. Pour résumer, Isidore est une plateforme qui fédère l’accès aux données numériques des SHS.
Patricia Legris et Sébastien Ledoux organisent le vendredi 24 mars prochain à Paris une journée d’étude consacrée à l’enseignement de l’histoire en France et la question du récit ou du roman national (« Récit et Roman national. Enjeux et perspectives de l’enseignement de l’histoire en France« ).
Le programme est alléchant et les intervenants de grande qualité. N’hésitez pas à en parler autour de vous et d’en faire la publicité.
La présentation de la journée :
Les débats publics et les enjeux politiques autour du récit national/roman national ont atteint un tel degré qu’ils ne sauraient échapper plus longtemps à une réflexion d’ordre historique sur cette question. Ce travail passe d’abord par la présentation de recherches récentes sur l’histoire scolaire permettant de déconstruire nombre d’idées reçues véhiculées aujourd’hui dans l’espace public. Aussi précieuse soit-elle, cette analyse apparaît pour autant insuffisante. A partir d’une réflexion épistémologique et d’acquis historiographiques, il s’agira aussi d’interroger ce que peut l’histoire dans les mises en forme de passés à transmettre dans le cadre scolaire.
Le programme et les intervenants :
13h00 : Accueil
13h30 : Introduction par Sébastien LEDOUX (Paris 1) et Patricia LEGRIS (Rennes 2)
Première partie : Analyse historique des pratiques enseignantes et de leurs réceptions par les élèves
Président de séance : Luc CÉDELLE (Le Monde)
Benoît FALAIZE (Cergy-Pontoise) : L’enseignement de l’histoire en primaire durant les Trente Glorieuses (14h-14h30)
Françoise LANTHEAUME (Lyon 2) : Ce que racontent les élèves de l’histoire nationale aujourd’hui (14h30-15h00)
Discustant : Olivier LOUBES (15h00-15h30)
Débat avec la salle (15h30-16h00) Pause 16h-16h30
Deuxième partie : Mise en récit polyphonique de l’histoire nationale
Président de séance : Etienne ANHEIM (EHESS)
Ivan JABLONKA (Paris 13) : L’enseignement en histoire se résume-t-il au récit national ? (16h30-17h00)
Patrick BOUCHERON (Collège de France) : Une histoire mondiale de la France (17h00-17h30)
Discustant : François HARTOG (EHESS) (17h30-18h00)
Débat avec la salle (18h-18h30)
Conclusion : Patricia LEGRIS et Sébastien LEDOUX (18h30-19h00)
Lieu : Amphithéâtre du Centre Malher, 9 rue Malher, 75004 PA
Le temps que les enfants passent devant les écrans est une préoccupations pour les parents et une source fréquente de conflits. Cependant, selon la dernière recherche du psychologue Christopher FERGUSON publiée dans le Psychiatric Quarterly, ces inquiétudes et ces conflits sont le plus souvent vains. En effet l’association entre le temps d’écran et des problèmes psychologiques comme la dépression ou des troubles de comportement est négligeable. De ce point de vue les pratiques éducatives fondées sur la limitation du temps d’écran pour les enfants sont infondées et peuvent donner des résultats contre productifs.
Ces résultats vont dans le sens du changement d’attitude des professionnels de l’enfance vis à vis des écrans. L’année dernière, les pédiatres américains ont abandonné la recommandation de deux heures d’écran par jour pour les enfants au regard des nouvelles données issues de la recherche.
Les recommandations sur le temps d’écrans reposaient jusqu’à présent sur des intuitions et des observations anecdotiques. L’article de Ferguson répond à une question de recherche qui était jusque là encore inexplorée : plus de temps d’écran est il lié à plus de problèmes psychologiques ?
Dans un témoignage publié sur le site du Huffington Post, l’historien Henry Rousso, spécialiste de l’Holocauste et de l’Occupation nazie en France, revient sur les circonstances qui ont failli le voir expulsé des Etats-Unis alors qu’il se rendait pour une conférence à l’Université du Texas à Houston. Édifiant et inquiétant à plus d’un titre dans cette Amérique trumpienne.
Henri Rousso, historien mondialement reconnu notamment pour son ouvrage « Le syndrome de Vichy », a été à deux doigts d’être refoulé du territoire américain alors qu’il était invité pour une conférence à l’Université du Texas.
Le refoulement a pu être évité de justesse grâce à l’intervention des responsables de l’université texane et avec l’aide d’une professeure de droit spécialisée dans les questions d’immigration, Fatma Marouf.
FORUM DES IMAGES Henry Rousso, l’historien auteur du « syndrome Vichy »
Dans un deuxième temps, il en a fait le compte rendu. Il s’agit d’un édifiant récit sur les résultats de moins de deux mois de présidence de Donald Trump. Il n’y a pas de quoi se réjouir. Comme dans l’Allemagne de 1933. En voici quelques extraits.
La situation :
«Le 22 février dernier, j’ai atterri vers 14h30 à l’aéroport de Houston, aux États-Unis, en provenance de Paris. Je devais me rendre à un colloque de la Texas A&M University (College Station), où j’ai été invité à plusieurs reprises ces dernières années. Au guichet de l’immigration, une fonctionnaire me refuse l’entrée et m’emmène dans une salle attenante pour contrôle, sans explications. Une trentaine de personnes y attendent que l’on statue sur leur sort. J’observe machinalement une certaine fréquence dans les entrées et sorties. Au bout de trois quarts d’heure, alors que la plupart de ceux qui attendent repartent sans problèmes, un jeune officier de police me demande de le suivre dans un bureau particulier. Commence alors un interrogatoire informel. Je lui demande ce qui me vaut d’être là. Il me répond : « contrôle aléatoire » (random check). Il me demande ce que je viens faire aux États-Unis. Je lui présente alors la lettre d’invitation de l’université. Cette intervention doit-elle être rémunérée ? Je confirme – c’est la règle dans beaucoup universités Nord-américaines. Il m’objecte alors que je n’ai qu’un visa touristique et non un visa spécifique de travail.»
Il en découlera alors un interrogatoire étendu à l’issue duquel le fonctionnaire l’informe qu’il va être refoulé (deported). A 19h00, Henry Rousso comprend que rien ne se passera avant le lendemain.
«Je m’apprête donc à passer encore entre une dizaine ou une vingtaine d’heures installé sur une chaise, sans téléphone – l’usage en est interdit –, avant de pouvoir occuper un fauteuil un peu plus adapté à la situation de personnes ayant effectué un long voyage. Toutes les heures, un fonctionnaire vient nous proposer à boire ou à manger, et nous fait signer un registre comme quoi nous avons accepté ou refusé. Malgré la tension, j’observe ce qui se passe dans ce lieu insolite, à la fois salle d’attente anodine et zone de rétention. Si la plupart des policiers adoptent un ton réglementaire, non discourtois, quelques-uns ricanent discrètement en observant cette population hétéroclite sous leur contrôle. Une policière engueule une femme dont le garçon de trois ans court dans tous les sens. Un homme se lève pour demander ce qu’il en est de sa situation. Trois policiers lui hurlent de s’asseoir immédiatement.»
Vers 21h00, il assiste au renvoi d’un Mexicain, «bien mis de sa personne», menotté, enchaîné à la taille, et entravé aux chevilles. A 1h30 du matin, les choses évoluent enfin dans le bon sens pour Henry Rousso à la suite de l’intervention de l’Université du Texas. Un policier lui indique alors qu’il s’agirait d’une erreur. A aucun moment des excuses ne lui seront néanmoins adressées.
Vient alors le temps de l’analyse :
«Historien de métier, je me méfie des interprétations hâtives. Cet incident a occasionné pour moi un certain inconfort, difficile de le nier. Je ne peux, cependant, m’empêcher de penser à tous ceux qui subissent ces humiliations et cette violence légale sans les protections dont j’ai pu bénéficier.»
des questions :
«Quand bien même aurais-je commis une erreur, ce qui n’est pas le cas, cela méritait-il pareil traitement? Comment expliquer ce zèle, évident, de la part du policier qui m’a examiné et de son supérieur hiérarchique sinon par le souci de faire du chiffre et de justifier, au passage, ces contrôles accrus? J’étais d’autant plus « intéressant » que je ne tombais pas dans la catégorie habituelle des « déportables ».
Et enfin celui de sa conclusion qui n’a rien, mais alors rien, de rassurant :
«Telle est donc la situation aujourd’hui. Il faut désormais faire face outre-Atlantique à l’arbitraire et à l’incompétence la plus totale. Je ne sais ce qui est le pire. Ce que je sais, aimant ce pays depuis toujours, c’est que les États-Unis ne sont plus tout à fait les États-Unis.»
Il faut remercier grandement Henry Rousso pour son témoignage et son analyse dans un temps aussi rapide. Il faut espérer que les moyens actuels d’information permettent mieux que dans les années 1930 de faire circuler les informations et de se mobiliser contre l’arbitraire et le dévoiement de nos démocraties au profit de régimes autoritaires.
En 1917, la Suisse était une terre d’exil pour 8500 Russes, dont Lénine, et la Russie une terre d’émigration pour 20’000 Suisses. Les liens entre les deux pays sont exposés à Zurich, pour le centenaire de la Révolution russe.
Jusqu’au 25 juin 2017, le Musée national présente l’exposition « La Révolution de 1917. La Russie et la Suisse », en collaboration avec le Musée historique allemand (DHM) de Berlin. Photographies, documents, objets d’arts et tableaux évoquent l’histoire de la Russie au début du dernier siècle et ses répercussions en Suisse.
Jusqu’en 1917, plus de 20’000 Suisses ont commencé une nouvelle vie en tant qu’entrepreneurs, boulangers, fromagers, enseignantes ou gouvernantes en Russie. Ils vivent alors dans un pays multiethnique rural aux inégalités sociales marquées. Les paysans russes vivent dans la précarité alors que le pouvoir autocratique baigne dans le luxe, ont expliqué jeudi les responsables de l’exposition.
Proposé par les archives départementales du Bas Rhin, un important dossier sur le camp de concentration du Struthof donne accès à de nombreux documents. Le dossier est prévu pour des élèves de collèges ou de lycée (professionnel, général ou technologique). Présentation du dossier et de la démarche pédagogique.
Seul camp de concentration sur le territoire de la France actuelle, le camp du Struthof est implanté dans une Alsace annexée de fait par l’Allemagne hitlérienne, à la suite de la défaite de la France en mai-juin 1940. La région et ses habitants sont germanisés et nazifiés. L’administration nazie, et en particulier le Gauleiter Wagner, veillent à lutter contre les réticences de la population et à contrer toute velléité de résistance.
Le taux de mortalité qui y est atteint, supérieur à 40 % (75 % pour le camp de Mauthausen, en Autriche), en fait un camp de concentration particulièrement meurtrier dans le système concentrationnaire nazi. Plus de 22 000 des 55 000 détenus qui y transitent y trouvent la mort.
Doc no 7 – Fac-simlé d’une carte du Ministère des Anciens Combattants (1995)
Au mois de novembre 2009, les Archives départementales du Bas-Rhin ont acquis une série de plans, accompagnés de notices, se rapportant aux différentes parties du camp : plans de situation, du crématorium, de blocks et du Revier des détenus, de l’aménagement de l’Ehnschlösschen par le kommando d’Obernai … Produits en 1942-1943 par la Bauleitung des Waffen SS – qui constituent le pouvoir du Struthof, ils ancrent le système dans l’espace.
Le dossier pédagogique est composé de dix fiches et de vingt-quatre documents conduits par les plans du KL Natzweiler -le dossier présente des sources primaires (documents d’archives) et des sources secondaires (témoignages), intéressantes à croiser. Il a pour but de permettre au professeur de collège et de lycées de constituer un menu pédagogique « à la carte » pour :
trouver un document d’accroche pour un cours sur l’Europe sous la domination nazie.
construire un exemple à partir du cas du Struthof. Il peut aussi être associé à un ensemble documentaire consacré à l’Alsace germanisée et nazifiée.
comparer le KL-Natzweiler et un camp d’extermination comme celui d’Auschwitz.
préparer une visite du camp du Struthof et du parcours pédagogique de son service éducatif.
élaborer d’une évaluation sommative ou formative sur la période de la Deuxième Guerre mondiale.
faire effectuer une recherche documentaire par les élèves au CDI ou à la maison.
préparer le concours de la Résistance et de la déportation.
Les fiches pédagogiques engagent les élèves dans des tâches complexes construite progressivement et respectant ainsi les principes de la taxonomie de Bloom. Ainsi la première fiche introductive se propose d’établir le parcours de vie de six déportés. Les élèves doivent rechercher des informations dans les fiches individuelles de déportés réalisées en 1986 par l’historienne Françoise Lange (document 1) pour les reporter dans un tableau synoptique (identité, camp(s) d’internement et de déportation, date, motif, a-t-il survécu à la déportation?), puis réaliser une synthèse des renseignements tirés des documents avant de rechercher des informations pour répondre à des question et finalement construire une problématique («formuler une ou deux problématiques qui pourraient être le fil conducteur du cours sur le Struthof»).
Dans la fiche 2 « La situation et le site du camp : pour le travail et le contrôle des hommes », les élèves recueillent des informations et doivent ensuite argumenter («montrez, sous la forme d’un texte rédigé ou d’un croquis cartographique avec légende, que le pouvoir nazi a choisi le site du Struthof pour faire travailler et contrôler les déportés»).
Dans la fiche 3 « Un plan au tournant de l’histoire du camp (fin 1942) : plus grand et plus international », la synthèse consiste pour les élèves à construire une frise chronologique de synthèse («à l’aide de toutes les informations recueillies, dessinez une frise chronologique et complétez-la d’une légende»).
Le tout représente un travail exemplaire tant de mise à disposition de sources et documents mis en ligne que de l’exploitation de ceux-ci dans un cadre pédagogique au service de la construction de la pensée historique des élèves.